Histoire des gants – Les écoles des frères

Histoire des gants

Le gant est présent dans l’artisanat grenoblois dès 1342 mais c’est au XIX ͤ  siècle qu’il connaît son réel développement et participe pleinement à l’essor industriel de la ville.

Deux gantiers s’illustrent :

– Xavier JOUVIN met au point une machine emporte-pièces appelée « main de fer »,

– l’atelier PERRIN fondé en 1860, par Madame veuve PERRIN et ses fils, devient la plus grande fabrique de gants de qualité.

L’entreprise PERRIN regroupe toutes les étapes de la fabrication : mégisserie, teinturerie, coupe et assemblage. A son apogée, plus de trois mille personnes sont employées dans ses ateliers.

Au milieu du XIX ͤ  siècle, l’entreprise PERRIN installe des ateliers de couture dans la vallée du Grésivaudan et en Chartreuse. L’archiprêtre de Mens la sollicite pour fournir du travail aux femmes de Mens et trois ateliers (rue sous la tour, rue des fossés, et place du Breuil), y sont installés entre 1890 et 1910.

Ce travail devient un complément de ressources particulièrement important dans ces campagnes autour de Grenoble, là où l’agriculture ne suffit pas à apporter un revenu correct à la famille.

Deux lieux de travail : le travail à l’atelier ou le travail à domicile.

Il n’y a pas de travail de coupe à Mens, uniquement de la broderie et de la couture.

Le travail de couture consiste à fermer et poser le pouce, mettre en place les fourchettes et enfin, fermer le gant. Il suffit de quelques aiguilles, de fil et d’une petite mécanique composée d’une pince métallique, dentelée actionnée avec le pied servant à maintenir les pièces de cuir parfaitement jointes tandis que l’intervalle entre les dents indique le passage de l’aiguille, ce qui garantit une couture régulière et calibrée en fonction du type de gants réalisés.

Ce travail extrêmement minutieux nécessite un éclairage adapté : le tupin, globe de verre rempli d’eau placée à l’avant d’une bougie.

En 1896, soixante et une gantières travaillent sous l’autorité de « l’entrepreneuse ». Responsable de la qualité du travail, celle-ci fait le lien entre l’atelier et la fabrique grenobloise : elle apporte l’ouvrage aux ouvrières, achemine les pièces façonnées à Grenoble et distribue les paies.

A la fin du XIX ͤ   siècle, l’industrie gantière, de Grenoble et sa région, compte plus de

1 230 fabricants  et près de  20 000 couturières. La production annuelle de gants atteint 800 000 paires.

Le déclin de la ganterie s’amorce dès le début de la Seconde Guerre mondiale avec la perte des marchés anglo-saxons et une vive concurrence italienne. Depuis cette époque l’industrie du gant grenoblois disparaît presque totalement. Seuls quelques établissements se maintiennent encore au début des années 2020. Le dernier gantier vient de fermer ses portes en mars 2025.

Aujourd’hui, plusieurs maisons de Mens et du Trièves cachent encore quelques outils de gantières.

Source : Cahier de l’exposition « Le Trièves et les gants » qui a eu lieu au Musée du Trièves du 3 mai 2003 au 25 avril 2004

 

Les écoles des Frères

L’Église catholique, profondément ébranlée par les idées nouvelles de la Renaissance et la Réforme protestante, réagit par un vaste mouvement de renouveau spirituel, doctrinal et institutionnel initié par le Concile de Trente (1545-1563) : c’est ce qu’on appellera plus tard la Contre-Réforme.

De même que les protestants fondent leur foi sur l’enseignement pour  tous, l’un des moyens les plus efficaces de la reconquête pour l’église catholique est l’enseignement. Il s’adresse d’abord aux élites avec la compagnie de Jésus fondée en 1540 par Ignace de Loyola. Plus d’un siècle plus tard et cinq ans avant la révocation de l’édit de Nantes, les écoles des Frères sont créées en 1680 par Jean-Baptiste de La Salle.

Prêtre français visionnaire, son ambition est d’offrir une instruction gratuite, chrétienne et de qualité aux enfants des classes populaires. Pour cela, il met en place des établissements destinés à la formation des maîtres. C’est une innovation majeure : les instituteurs ne seront plus, comme par le passé, des autodidactes couramment incultes, parfois illettrés et souvent brutaux, mais des hommes formés, préparés à enseigner selon une méthode claire, centrée sur la pédagogie, l’usage du français plutôt que du latin, l’apprentissage des matières fondamentales comme la lecture, l’écriture, le calcul, le catéchisme et l’éducation morale.

Les Frères des Écoles chrétiennes sont des religieux, mais ils ne sont pas prêtres : ce sont des laïcs consacrés, engagés dans une vie de prière, de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Leur mission principale est l’enseignement des enfants pauvres, et non la célébration des sacrements. Les Frères sont formés à la fois à la pédagogie et à la vie communautaire.

 

À Mens

En Trièves, dès 1625, les missions des Jésuites entreprennent de convertir les protestants installés dans les villages où ils constituent une minorité vulnérable. Elles enregistrent quelques succès, mais n’arrivent pas à entamer le bastion de Mens / Saint-Jean-d’Hérans / Saint-Sébastien.

Mens étant une des places réformées les plus importantes de la région, il est fort probable qu’une école des Frères y ait été rapidement installée pour parfaire les conversions forcées par la révocation de l’édit de Nantes. Même si nous ne disposons pas de document direct qui l’atteste, il ne fait aucun doute qu’une école des Frères et une école des sœurs ont existé très tôt.

On sait qu’en 1740 une école des Frères est établie dans l’ancien presbytère protestant : en effet, lorsque la communauté décide d’y installer un poids à farine, l’évêque refuse pour que les enfants ne soient pas dérangés.  (ici) lien avec panneau 10)

En 1771, sur le devis de construction du dernier four banal (ici) lien vers panneau 20), l’architecte précise que le portail d’accès au magasin de bois sera une récupération de celui qui est entre l’école des frères et celle des sœurs (…). Ce qui laisse à penser que ces deux écoles, dont l’emplacement d’alors est perdu, sont à cette époque suffisamment anciennes pour avoir subi des modifications profondes.

 

Sources :

Pierre Bethoux, Histoire des protestants de Mens et du Trièves AMM 314

Jean-Pierre Drouin, Histoire de l’éducation chrétienne : de la Renaissance à la Révolution, Éditions du Cerf, 1998.