Une cure catholique en pays huguenot.

L’histoire mouvementée et rocambolesque de la cure de Mens ne se limite pas à celle du bâtiment de l’ancienne cure. Elle a débuté beaucoup plus tôt et elle est emblématique de la période de reprise en main, politique par Louis xiii, Richelieu et… Lesdiguières, et religieuse par l’Église, des régions protestantes : les places fortes sont démantelées, les fortifications rasées et les dernières cités huguenotes mises au pas.

Mens n’échappe pas à la règle : au printemps 1628, les deux tours des remparts sont démolies ras pied ras terre et courant 1630 l’église est rendue au culte catholique.

Se pose alors le problème du logement du prêtre. Lors de sa visite en 1634, l’évêque tempête : le chœur de l’église est ruiné. Le vicaire Fluchère fulmine : il a engagé en 1633 la construction d’une maison curiale à la cime du cimetière (…), au coin d’entre le clocher et grange du Sieur Estienne Ysac, ayant creussé les fondements, préparé bois, chaux, sable et autres mathériaux nécessaires, que la communauté dudit Mens empesche, ayant indeubment comblé ce qu’il avait cavé pour faire ledit fondement. Il exige que la communauté lui fournisse rapidement une maison. En 1644, il semble que la chose ne soit toujours pas faite, car l’évêque, lors de sa nouvelle visite, trouve le vicaire installé sous le clocher, faisant son écurie de la sacristie. 

Enfin, une maison sort de terre… et part en flammes en 1650 lors d’un grand incendie.

C’est alors que la veuve catholique d’un compagnon protestant de Lesdiguières, sentant sa dernière heure venir, rédige son testament avec sa fille comme légataire universelle. Elle charge cette dernière de faire dire des messes pour le repos de son âme et de vendre une certaine croix dont la somme doit servir à rebastir la maison curiale de Mens joignant le clocher, la rendre voutée et couverte en ardoises, et la remettre en meilleur estat qu’elle n’estoit auparavent le dernier insendie arrivé au dit Mens en l’année 1650.

Mais rien ne va ! La croix a moins de valeur qu’espéré et n’est pas vendue. Le curé (ou le vicaire, le peu d’importance de la communauté catholique – 13 familles pour 200 protestantes – ne justifie pas la présence d’un curé) est logé ici ou là, jusqu’à ce qu’il se trouve à la porte de sa dernière demeure.

Cinquante ans et une révocation plus tard, il faut prendre une décision : la maison est trouvée. Les finances pour la restaurer manquant, on se souvient de cet ancien legs… Les héritiers font valoir le peu de valeur de la croix et le fait que la famille a pris en charge le logement du curé pendant toutes ces années.

C’est finalement la communauté qui financera les importants travaux que l’état de la maison  nécessite.

 

Sources

Notes prises par Bernard Coquet aux Archives municipales.

Pierre Béthoux – Histoire des protestants de Mens et du Trièves. Pages 143 et 144.

Jacques de Monts – Le Percy en Trièves. Page 27.s